Concerne : rapport narratif et financier pour les trois missions subsidiées par le CGRI sous le thème : « Soutien à la vie musicale palestinienne » Crédit budgétaire : 535.01
Vos références : AD/ChM-Palestine-18/11/2003-028-S

Ath, le 23 décembre 2003

Rappelons que le subside couvrait l’organisation de trois missions au NCM, Conservatoire National de Musique de Palestine. Il s’agissait d’une mission d’enseignement du violon, d’une mission d’enseignement et réparation d’instruments à cordes et d’une mission d’enseignement du réglage et de l’accord du piano.

I . Mission de Daniel Glineur , professeur de violon, 7-23 octobre

Descriptif des activités et du fonctionnement du Conservatoire de Palestine.

Le Conservatoire de Palestine a été constitué voici dix ans.
Il présente trois orientations d’activités.

- des cours de musique orientale jouée sur instruments traditionnels
( Canoun, oud, flûte , etc )

- Des cours de solfège et de pratique instrumentale classique
( piano, flûte, violon, etc )

- L’organisation de concerts prestigieux avec des artistes de réputation internationale ( Daniel BARENBOIM, Markus STOCKHAUSEN, et l’ensemble belge ICTUS par exemple)

Le Conservatoire est soutenu moralement et financièrement par différentes personnalités et institutions ou fondations palestiniennes et étrangères.
Actuellement, ce conservatoire répartit ses activités sur trois implantations : celles de Jérusalem, Ramallah et Bethléem.
Le contexte politique a obligé le Conservatoire à refuser l’aide au demeurant extrêmement rare de musiciens ou professeurs israéliens pourtant si nombreux et si proches géographiquement au profit de coopérants pédagogiques européens.

Aspects pratiques

J’ai été particulièrement bien accueilli par le Conservatoire de Palestine. A ma descente d’avion, un taxi venu de Jérusalem m’attendait. Idem au retour !
Tous mes déplacements à Bethléem étaient assurés par des taxis affrétés par le Conservatoire.
J’étais logé dans ce grand bâtiment « Y W CA » ( Young Women Catholic Association ) qui abrite à la fois un hôtel, les locaux du Conservatoire et une école professionnelle.
Résidant à Jérusalem Est et me déplaçant uniquement à pieds, je n’ai jamais vécu la moindre situation d’insécurité.

Les cours et les élèves

Dès mon arrivée à Jérusalem, le mardi 7 octobre, j’ai pris contact directement avec les élèves violonistes.
Les cours ont été dispensés quotidiennement sauf le dimanche et le lundi. J’ai, suivant les directives de Suhail KHOURY, le Directeur du Conservatoire, consacré une ½ heure hebdomadaire à chacun.
Une moitié de mon horaire était réservée au Conservatoire à Jérusalem, l’autre moitié à Bethléem. Les superbes dépendances de l’église luthérienne de Bethléem accueillent les activités du Conservatoire. Les pierres blanches qui composent les salles de travail apportent une lumière et une atmosphère très propices à une étude artistique.
Les élèves sont dans leur grande majorité des enfants de 8 à 13 ans, débutants de première ou de deuxième année. Ils sont palestiniens, en grande majorité chrétiens, provenant de Jérusalem et des environs ou de Bethléem. Tous reçoivent une éducation de bon niveau, souvent dans des collèges catholiques. Certains d’entre eux doivent affronter avec courage les aléas de la vie dans la région : les difficultés de déplacement liées aux check points , aux contrôles de police , à la construction du mur qui encercle progressivement la Cisjordanie(ville d’Abu Dis par exemple ).
Ces étudiants se sont montrés très attentifs, calmes, concentrés et disposés à s’investir et à progresser dans leur apprentissage instrumental.
Malheureusement, tout est à faire !
Les conditions de vie et le contexte politique ne facilitent rien. Rien de comparable avec les jeunes israéliens qui, à quelques kilomètres , vivent une réalité musicale toute autre ( niveau particulièrement élevé et traditions musicales classiques profondément ancrées )
Sur les 25 élèves, seuls 4 se situent à un niveau avancé ce qui m’a permis d’aborder un répertoire un peu plus élaboré (concertos de Vivaldi et pièces pour ensemble de violons )

Les instruments utilisés sont à 90 % des violons de fabrication industrielle chinoise. Deux étudiants seulement bénéficient de violons de lutherie.
Durant mon séjour, j’ai constaté qu’il manquait de petits violons (1/8 , ¼ et ½ ) pour les plus petits des élèves inscrits.
Difficultés énormes pour les élèves de trouver et d’acheter les accessoires traditionnels ( des cordes de remplacement, colophane, épaulières… )
Il serait souhaitable aussi de développer la bibliothèque en partitions destinées aux débutants.
A ce sujet, les problèmes resurgissent. La bibliothèque centrale est située à Ramallah. Que faire si un étudiant de Jérusalem ou de Bethléem a besoin d’une copie ?
Le parcours du combattant, sans mauvais jeu de mots .
Utiliser un tas de manœuvres stratégiques pour permettre à la dite partition d’effectuer 20 ou 25 Km et passer à travers les check-points !
Idéalement, j’aurais dû emporter de Belgique « mon stock » d’ouvrages pédagogiques destinés aux débutants…
Je me propose de contacter les magasins bruxellois « Adagio » et « Cantor » . Des partitions d’occasion à des prix incroyablement bas permettraient d’étoffer facilement la bibliothèque du Conservatoire.
Il serait judicieux d’envisager également l’aide d’un accompagnateur afin de permettre aux élèves de concrétiser musicalement leur travail.

Remarques pittoresques :

Pas de professeur de violoncelle sur place… ce qui m’a amené à donner quelques conseils à une jeune élève violoncelliste !

Les cours de Jérusalem étaient ponctués régulièrement par les appels du Muezzin !

Le déplacement à Bethléem impliquait le passage du check point de l’armée israélienne. Ce qui pour moi, personnellement n’a occasionné aucune difficulté. Deux trois mots d’hébreu ou plutôt de russe arrangeaient illico les choses !

Prolongement possible de la mission

Le Directeur du Conservatoire a manifesté, à juste titre, son souhait pressant d’offrir aux élèves les services d’un professeur de violon. (A titre indicatif, l’implantation de Bethléem n’a plus vu de professeur de violon depuis trois ans )
Dans ce contexte, il était impératif pour moi de prendre une décision sur le champ. Ce qui impliquait des mesures radicales en relation avec ma situation professionnelle en Belgique (octroi d’un congé auprès de mes employeurs : la Communauté Française de Belgique et les Pouvoirs Organisateurs des communes où j’exerce mon métier de professeur de violon) mais aussi sur le plan pratique et financier sur place à Jérusalem ( permis de séjour, permis de travail, complément de travail sur place , recherche d’un appartement… )
Pour ces raisons, j’ai sollicité un rendez-vous auprès du département « Coopération » du Consulat belge de Jérusalem .
Ce rendez vous m’a été accordé dans un premier temps. Il était fixé au jeudi 16 octobre à 9 h. Il a été annulé par une responsable du département qui m’a signifié que je n’étais qu’une personne isolée . Or la « coopération » ne traite que des dossiers émanant de Ministères , ONG, Associations , etc.
Il m’a été conseillé de revoir ma « copie » à Bruxelles auprès des institutions compétentes !
Dommage, car entre temps , Suhail KHOURY, le Directeur du Conservatoire ne pouvait attendre les prolongements , rebondissements et décisions de mes futures tractations officielles.
Il a donc pris la sage décision de faire appel à un professeur de violon suédois disposé à venir à Jérusalem dans les prochains jours.
Il y aura les Master Classes de juillet et qui sait peut-être de nouvelles ouvertures l’année académique prochaine…
Pourquoi ne pas envisager la création d’autres cours au sein du Conservatoire, le souhait du Directeur étant de créer un orchestre d’ici 5 ans … Comment y parvenir sans cours de violoncelle, de clarinette, hautbois, basson, trompette, cor, trombone ou percussion ?
Voilà autant de perspectives qui pourraient faire partie d’un accord de coopération pédagogique entre les Palestiniens et nous. Qui sait, pourquoi ne pas inviter (comme cela se fait déjà dans certains conservatoires de France) des étudiants palestiniens talentueux qui demain seront les piliers de l’Orchestre Philharmonique de Palestine ou les professeurs de musique de tant de jeunes Palestiniens avides de s’épanouir à travers la musique. Combien de parents ne m’ont pas exprimé leur gratitude pour les cours dont leurs enfants ont enfin pu bénéficier !
Voilà donc un projet de taille où la musique devient une alternative de poids aux difficultés de la vie, au vide et au chaos.

Contexte social, culturel , politique, religieux, culturel, linguistique…

Ce séjour de 15 jours m’a permis dès mon arrivée à l’Aéroport Ben Gourion de palper la réalité de la vie de cette région du Moyen Orient. Je débarquais quelques heures après l’effroyable attentat perpétré à Haïfa dans un restaurant géré par deux Israéliens : un arabe et un juif.
Il m’a fallu quelques jours pour m’adapter aux rythmes de Jérusalem! Terrain de rencontres, de multilinguisme, de traditions culturelles, de passé historique si riche, de cohabitation religieuse, d’espoirs mais aussi terrain de tensions, de souffrances et d’absurdités.
En tant qu’Européen, mon souci était de découvrir et de palper au plus intime ces multiples aspects qui constituent, au delà des appartenances communautaires, la réalité d’une vie devenue si complexe.
Je me suis promené, tous les jours, dans la Vieille Ville de Jérusalem, allant me recueillir au Saint Sépulcre gardé par l’Eglise chrétienne orthodoxe ou passant à la seconde du quartier juif au souk arabe, quittant le Mur des Lamentations pour pénétrer un instant plus tard dans l’enceinte de l’impressionnante Esplanade des Mosquées !
Autant de hauts lieux des trois religions monothéistes, toutes favorables à la Paix… et pourtant trop bien gardés par des militaires ou policiers israéliens armés jusqu’aux dents ! ! !
Je me suis rendu hors les Murs au Mont des Oliviers, mais aussi au Musée d’Israël, dans les quartiers commerçants de Jérusalem Est et Ouest…
J’ai pris le pouls d’une vie animée et paisible à Ramallah et aperçu les bâtiments officiels de l’autorité palestinienne détruits lors des bombardements de Tsahal.
Ma mission m’a mené jusqu’à Bethléem l’inoubliable, ses lieux religieux, l’Eglise de la Nativité, les bassins de Salomon ou les grottes des Bergers.
Je me suis aussi heurté à un autre mur, en construction celui-là, bâti sur une effroyable initiative, promesse d’un avenir d’apartheid… Un autre mur de la honte et de la haine ! Et profondément choqué par la réalité des check points et l’emprisonnement progressif d’une Palestine diminuée et étouffée.
Contacts et activités complémentaires
J’ai eu la chance de rencontrer beaucoup de personnalités intéressantes.
Deux pères catholiques.

- un Belge vivant depuis 1969 au Couvent Sainte Anne.
- Un Allemand qui vit sur un des sites religieux du Mont des Oliviers
( Dominus flevit) Qui n’a pas mâché ses mots pour qualifier la politique provocatrice de Sharon.
Voici aussi ce que l’on peut y lire … de quoi réfléchir sur une réalité qui n’a pas changé depuis 2000 ans !
« Jérusalem, Jérusalem, toi qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j’ai voulu rassembler tes enfants à la manière dont une poule rassemble sa couvée sous ses ailes …et vous n’avez pas voulu ! »


Deux journalistes

Anne Renée GUTTER , correspondante de la Libre Belgique depuis plusieurs années à Jérusalem

Un photographe américano-français, souvent en reportage dans la région. Aujourd’hui, il se consacre à fixer sur la pellicule les séquelles du système d’apartheid consécutif à la construction du Mur.

Des artistes

- Suahil KHOURY, Directeur du Conservatoire de Palestine
- Markus STOCKAUSEN ( trompettiste )
- et Tara BOUMAN ( clarinettiste)


Le Directeur du Centre de la Paix à Bethléem

Le Centre de la Paix est un bâtiment érigé sur la Place de Bethléem, entre l’Eglise de la Nativité et la Mairie de Bethléem.
Construit avec l’aide du Gouvernement suédois, il fut sérieusement abîmé par Tasahal (Pourquoi ?) durant le siège militaire de Bethléem en 2002. Superbes salles (Exposition de photos, de crèches venues du monde (sauf de Belgique !) salle de cinéma et de concert (piano Bösendorf disponible)

Invitation de l’Orchestre Musicordes (orchestre de jeunes et ASBL wallonne cofondée par D. Glineur et P. Jacobs il y a environ 7 ans) dans le cadre des célébrations de Noël 2003 ou 2004.

Jumelage d’une Ville belge (motivée) avec Bethléem. Cette cité compte déjà 35 jumelages dans le monde. Aucune ville belge au tableau ! Avis aux amateurs

Concerts

Jérusalem : concerts dans la rue ou à la tour de David dans le cadre des fêtes juives de Succot
Bethléem 18 octobre ( M. Stockhausen et Tara Bauman )
Tel Aviv ( 20 / 10 ) Œuvres liturgiques de Mozart par les chœurs et l’orchestre symphonique de Jérusalem.


Rapport financier

- Billet d’avion « CSA » Bruxelles – Tel Aviv et retour 598,00
( Le contexte dans lequel mon départ s’est fait a été perturbé par l’aggravation subite de la situation en Israël ( Attentat d’Haïfa).
Les réservations en ont été pour le moins bousculées, ce qui explique l’augmentation du coût du billet)

- Repas : 234,93

8 / 10 ( 75,- ILS ) 14,60 Euros ( Restaurant Pasha)
9/10 ( 64,00 ILS ) 12,46 Euros ( Restaurant Az Zahara )
10/10 ( 110,00 ILS ) 21,25 Euros ( Restaurant Pasha )
12/10 ( 30,00 ILS) 5,88 Euros ( Restaurant Jérusalem )
12 / 10 ( 67,00 ILS ) 13,14 Euros ( Restaurant Az Zahara)
13/10 ( 77,00 ILS ) 15,02 Euros ( Restaurant Az Zahara)
15 /10 ( 91,00 ILS) 17,80 Euros ( Restaurant Jérusalem )
16/10 ( 89,00 ILS ) 17,39 Euros (Restaurant Az Zahara)
18/10 ( 120,00 ILS) 23,47 Euros ( Restaurant Pasha )
19 /10 ( 268,00 ILS) 52,44 Euros ( Restaurant Jérusalem )
21/10 (216,00 ILS) 41,89 Euros ( Restaurant Tel Aviv)

- Logement (à rembourser au NCM) :

- Total : 598,- + 234,93 = 832,93

II. Mission de François Guillaume, luthier, 9-14 décembre

Le départ à Zaventhem a été des plus difficiles, une fouille complète de mes bagages a permis de trouver un document portant une adresse à Ramallah ce qui m’a valu de passer plus de trois heures à Zaventhem et au moins autant à Tel Aviv. Le taxi du conservatoire m’attendait néanmoins encore. Après un bref passage au Conservatoire à Jérusalem, je me suis rendu à Ramallah où il a été décidé d’installer définitivement l’atelier dans un local de plus ou moins 20 m2 localisé au rez de chaussée du conservatoire. Les outils fournis par LSF au cours des missions précédentes m’y ont suivi et d’excellents établis (+/- 3mx60cm fixés au mur) construits par des menuisiers locaux y ont été installés de même que des étagères. La localisation est idéale et la lumière naturelle et artificielle excellente. L’atelier a encore besoin de quelques outils complémentaires, mais il est déjà parfaitement fonctionnel.
J’ai poursuivi la formation de Samer et Waël. Cela s’est fait en les associant à la réparation d’une dizaine de violons et d’une contrebasse. Sur ces instruments, nous avons fait un travail de routine ; pose de chevalets, d’âmes, de nouvelles cordes, remplacement de chevilles.
Nous avons également entrepris des restaurations plus sérieuses sur des instruments fortement endommagés, notamment par des exactions de soldats israéliens. Ce travail n’a pas pu être terminé.
Il nous paraît essentiel de pouvoir faire faire à Samer en particulier un stage dans un bon atelier d’Europe. Ceci avait été envisagé pour l’été dernier, mais il n’a pas pu sortir du pays. L’atelier de Jan Strick et Pierre Guillaume (Rue Allard à Bruxelles) où je travaille actuellement est toujours prêt à l’accueillir dès que ce sera possible pour lui.


Rapport financier

- billet d’avion : 404,21
- Cordes : 816,37 + 303,05
- frais de séjour (per diem) : 4x25 euros = 100,00
- Logement (à rembourser au NCM) :
- Total : 1320,58
- Outils et matériel fournis sur base d’un autre budget :
- 1 rabot
- 2 presses Klemsia
- 1 ajusteur de chevalets violon
- 1 ajusteur de chevalets violoncelle
- Du bois pour une dizaine de barres d’harmonie
- Deux jeux de cordes de contrebasse
Valeur totale :


III Mission de Pascal Herpin, facteur de pianos, 8-19 décembre

Rapport narratif
Voir document manuscrit ci-joint

Rapport financier

- billet d’avion : 472,36
- frais de séjour (per diem) : 11x25 euros = 275,00
- Outils : 1048,48
- Frais divers : 47,60
- Logement (à rembourser au NCM) :
- Total : 1843,44

Soit un total pour les trois missions de 4300,00
Plus le logement selon facture du NCM soit 700,00
Total général : 5000,00